GATACA DE FRANCK THILLIEZ


 

Note : 5/5
Un roman stupéfiant qui prend aux tripes. Une intrigue passionnante, riche et complexe. 


447 pages en version numérique.

 

Extrait :
" Il a réussi à s'arracher une artère de la gorge avec les doigts. Les mots résonnaient encore dans la tête de Lucie. Elle imaginait parfaitement l'horreur de la scène, au fin fond du mitard. Le jeune colosse, couché dans son sang noir et chaud, ses mains recroquevillées autour de son cou... La folie avait-elle réellement quelque chose à voir là-dedans ? Quel genre de délire avait pu frapper Carnot pour qu'il en vienne à se mutiler aussi radicalement ? "


Intrigue du roman :


Voilà maintenant un an et seize jours que Franck Sharko survit. Un an et seize jours que la culpabilité le ronge et l'empêche de dormir. Un an et seize jours qu'il ne cesse de penser à Lucie Hennebelle et ses filles. Epuisé, amaigri, il n'est plus que l'ombre de lui-même. Seuls la caféine à haute dose et son job de flic l'aident à avancer. Il a d'ailleurs demandé à être réaffecté au 36 Quai des Orfèvres en tant que simple lieutenant pour retrouver la fange de la rue, parce que c'est sur le terrain qu'il se sent le plus utile.
Lorsqu'une employée d'un centre de primatologie est tuée, c'est Sharko qu'on envoi sur place. Une enquête simple, un coupable tout trouvé en la personne d'un singe qui aurait été pris d'un accès de violence et que tout accuse, rien de bien extraordinaire en somme. Sauf que...

C'est une course effrénée vers une vérité à peine croyable qui commence pour Franck mais aussi pour Lucie. Ensemble, ils vont plonger dans les méandres de la science jusqu'au cœur même de la violence la plus primitive. Animés par un besoin viscéral de comprendre les origines du mal, ils vont découvrir une effrayante réalité.


Critique :

 

Si Gataca peut se lire sans avoir lu Le Syndrome [E] je ne conseille pas de le faire. Certes, les intrigues sont bien distinctes, mais la relation entre les deux protagonistes et l'état psychologique dans lequel ils se trouvent, sont plus compréhensibles en ayant lu le premier volet du diptyque sur la violence de Franck Thilliez.
Dans Gataca et à l'instar de Le Syndrome [E], l'intrigue est complexe et nos deux héros, Sharko et Hennebelle, vont à nouveau devoir avancer à l'aveugle pour reconstituer un puzzle à partir d'une seule pièce sans en connaître ni le nombre total ni la figure ultime.
L'auteur nous transporte ici encore à travers le temps et l'espace, de Val-Thorens à la forêt Amazonienne et de Croc-Magnon à l'Homo Sapiens Sapiens que nous sommes devenus. Thilliez nous fait remonter très loin dans l'histoire et naviguer dans les sphères plus ou moins obscures de la primatologie, l'évolution des espèces, la litéralité, l'ADN, l'autisme, les trois cerveaux, reptilien, limbique, néocortex, ou encore l'intolérance au lactose, si, si, je vous assure, et ça à son importance vous verrez.
Le début du roman pourra vous sembler de moins bon calibre que Le syndrome [E] mais ce n'est que très temporaire, le temps que l'intrigue se mette en branle après quoi vous ne pourrez plus le lâcher. Le récit commence en effet dans l'émotion, la tension et la souffrance de deux êtres frappés par l'horreur. C'est pesant, étouffant, dans la continuité ou plutôt la résultante des dernières lignes du premier volet du diptyque.
J'ai eu personnellement plaisir à retrouver Sharko pour qui je reconnais avoir une tendresse particulière. Ce héros charismatique est superbe. Bien que marqué au plus profond de son être et genoux à terre, il continue à avancer. Son courage et sa force sont admirables tout autant que son intelligence et l'humanité qu'il a conservée malgré la douleur immense qui l'habite. Quant à Hannebelle, ce chien fou irresponsable et borderline, on comprend nettement mieux son attitude au chapitre 47. C'est alors un uppercut pour nous lecteur qui n'avons rien vu venir et ça remet en perspective certaines choses. D'ailleurs, pour vous permettre de mieux appréhender les premières lignes de ce chapitre-là, je vous conseille de bien faire attention à tous les moments où Lucie parle de ses jumelles et à la relation qu'elle entretient avec l'une d'elle, Juliette.
Les nombreux personnages secondaires et la diversité des lieux de l'action viennent enrichir un récit à l'écriture parfaitement maîtrisée et pleine de rebondissements.
En outre, l'hyper cohérence des faits nous plonge dans une virtualité si réelle, si palpable, qu'on en oublierait presque que c'est de la fiction et ça donne la chair de poule, parce que Gataca est un roman stupéfiant qui prend aux tripes jusqu'à vous bouffer le cerveau... La vérité qui en ressort est d'autant plus terrifiante que Thilliez s'est appuyé sur des recherches et des théories scientifiques existantes.
Au terme de ces deux lectures passionnantes et après vous être remis de ce passage à l'essoreuse dans les tréfonds de la violence, vous aurez la confirmation s'il en était besoin, qu'entre de mauvaises mains, la médecine et la génétique peuvent être dévastatrices.



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Mise en ligne le 19 octobre 2016