LE syndrome [e] de franck thilliez


 

 

Note : 5/5
Une enquête haletante et implacable. Un polar d'une redoutable efficacité.

 

399 pages en version numérique.

 

Extrait :
" Deux séries de meurtres proches et lointaines à la fois. Dans le temps, et dans l'espace. Existait-il vraiment un lien ? Et s'il se plantait depuis le début ? Et si le hasard avait, finalement, son mot à dire dans cette histoire ? Seize ans... Seize longues années...
Pourtant, Sharko sentait une connexion impalpable, la même volonté diabolique d'atteindre et de récupérer deux des organes les plus précieux du corps humain : le cerveau et les yeux."


Intrigue du roman :


Quel rapport peut-il bien y avoir entre un film tourné en 1955 acheté par Ludovic Sénéchal à Liège, au fils d'un collectionneur décédé, et cinq cadavres non identifiables découverts dans un bled paumé entre le Havre et Rouen, auxquels on a prélevé le cerveau et les yeux ?
Apparemment aucun.
Pourtant, lorsque Ludovic visionne ce film et qu'il en ressort aveugle, son ancienne petite amie, la flic Lucie Hennebelle, va creuser pour découvrir ce que cache au juste cette mystérieuse pellicule. Sans le savoir, elle vient de mettre le doigt dans un dangereux engrenage qui va la faire converger vers l'enquête du charnier de Gravenchon confiée au commissaire Sharko.
Des bidonvilles du Caire aux orphelinats du Canada, en passant par la ville de Marseille, nos deux héros vont suivre les traces d'une folie meurtrière et obsessionnelle qui va leur ouvrir les porte d'une effrayante vérité.


Critique :

 

A travers Le syndrome [E], premier roman d'un diptyque consacré à la violence, Franck Thilliez nous fait voyager dans le temps et l'espace pour nous immerger toujours plus loin dans le côté obscur, non pas de la force, mais du cerveau humain.
Des années 50 à nos jours, de Liège à Rouen, de Paris à Marseille, des bidonvilles du Caire aux orphelinats du Canada, l'enquête menée tambour battant par deux flics entièrement investis, nous imprègne comme une éponge.
L'intrigue à tiroirs est haletante. Elle nous prend malgré nous dans ses filets et ne nous régurgite qu'au dernier chapitre et encore, car l'épilogue nous laisse tendu comme un string en amorçant "Gataca", l'autre volet du diptyque.
Thilliez nous livre un puzzle extraordinairement riche et complexe qui titille notre curiosité à chaque nouvel élément découvert. La dimension internationale et conspiration à grande échelle aux plus hauts niveaux est subtilement amenée, étoffée et parfaitement crédible. Les détails et la précision avec laquelle l'auteur nourrit son récit, y compris avec des faits historiques que l'on connaît, apportent une telle probabilité à l'intrigue, qu'on finit par se dire : et si c'était vrai ?
Dans ce roman, Thilliez réunit deux de ses protagonistes récurrents : le commissaire Franck Sharko et la flic Lucie Henebelle. Deux être torturés qui vont unir leurs forces et leurs pugnacités. Sharko est le plus intriguant des deux quand on ne connaît pas, comme moi, son histoire. Le fait qu'il se livre peu à peu n'en est que plus intéressant. Il se dégage de lui force et fragilité, assurance et peur, rage et tendresse, solitude, douleur. Un sacré cocktail qui en fait un personnage charismatique. Quant à Lucie, sa souffrance palpable est contrebalancée par un sacré caractère. Par sa force, sa détermination et son courage elle nous plaît. Les deux ensemble encore plus.
Les nombreux personnages secondaires viennent enrichir le récit avec finesse. Rien n'est laissé au hasard, ils ont tous leur raison d'être et nourrissent une enquête complexe dans les méandres de laquelle on navigue, tout autant que dans ceux du cerveau humain. Les aspects scientifiques sur lesquels s'appuie Thilliez sont déroutants, mais à aucun moment nous ne sommes perdus. C'est là aussi tout l'art de l'auteur qui nous embarque dans une dimension scientifique avec une aisance surprenante.
Le récit ne souffre d'aucun temps mort, d'aucune lourdeur. Tout semble couler de source. Le lecteur ne peut que se laisser porter par un récit millimétré et à couper au cordeau.
On est happé par cette histoire d'obsessions multiples : celle de nos deux héros pour leurs passés respectifs, leur métier de flic et cette enquête, celle de ceux qui sont à l'origine des atrocités qu'on découvre au fur et à mesure et finalement notre propre obsession à vouloir connaître le fin mot. L'enquête terminée, le livre refermé, on a qu'une hate, lire Gataca.
Le syndrome [E] est un polar haletant, implacable et redoutablement efficace.



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Mise en ligne le 25 août 2016