hématome de maud mayerAs


 

Note : 2.75/5
Un thriller à l'intrigue machiavélique mais lent et étriqué.

 

219 pages en version numérique.

 

Extrait :
"L'acier pénètre ma chair avec une force presque animale. Je ne peux hurler, l'obscurité recouvre chacun de mes souffles d'un voile noir et épais. Je suis aveugle et sourde. Aveugle et sourde..."


Intrigue du roman :


Après une terrible agression qui lui a valu de perdre l'enfant qu'elle portait, Emma Kazan est une jeune femme meurtrie. Malgré d'importantes séquelles physiques et une amnésie, elle est bien décidée à aller de l'avant. Aidée par son compagnon, Karter Reppe, un homme attentionnée dont elle ne se souvient pas, elle va tenter de rassembler les morceaux de souvenirs qui lui échappent. Ce faisant, Emma avance irrémédiablement vers une sordide réalité.


Critique :


"Hématome" est le premier roman de Maud Meyeras (2006). Il s'apparente beaucoup à un huis-clos au regard de la présence de très peu de personnages secondaires. Très dur au début tant il est sordide voire glauque, il se termine par un dénouement dont le machiavélisme va au-delà de ce que le lecteur a pu imaginer.
Si l'intrigue est extrêmement bien trouvée, le livre me laisse cependant une impression plutôt négative. En effet, à l'image du tatouage d'ailes repliées que l'héroïne a dans le dos, le récit m'a paru engoncé, recroquevillé sur lui-même. Il ne prend véritablement son envol que dans les trente à quarante dernières pages.
L'histoire avance lentement en raison d’un récit très descriptif. On peut reconnaître à Maud Meyeras un vrai talent pour ce qui est de détailler la cruauté et nous éclabousser d'hémoglobine, mais en dehors de cela, l'abondance de descriptions souvent inutiles fait perdre en émotion et en dynamique. La lenteur est légèrement contrebalancée par un découpage du livre en chapitres très courts qui donnent une sensation de vitesse, mais comme ce n'est que factice, c'est insuffisant. 
L'attachement au personnage principal n'a pas eu lieu me concernant. Bien que l'histoire soit écrite à la première personne du singulier et que certaines scènes soient poignantes, Emma ne m'a pas happée malgré un vécu bouleversant. J'ai grimacé de dégoût par moments et c'est bien là la force de l'auteure, mais je n'ai pas été émue. J'ai pourtant commencé le roman avec une certaine empathie pour cette jeune femme, au regard du terrible événement qu'elle vient de subir et que l'on découvre en même temps qu'elle, mais le soufflet est vite retombé faute d'une explosivité dans l'écriture.
Si l’héroïne ne m'a pas touchée, elle m'a en revanche déconcertée par son attitude. Amnésique, elle se pose naturellement des questions sur qui elle est, son métier, sa vie, sa famille, mais elle ne demande pas à son compagnon. Le lecteur la suit donc dans ses pensées, ses interrogations intériorisées et cela devient lassant. Combien de fois me suis-je entendue lui dire " Tu veux savoir alors demande bon sang !"
Malgré un dénouement digne d'un thriller oppressant, j'ai regretté l'apparition d'un "je" qui n'est pas Emma et qui ne fait que passer. Utile à éclairer une zone d'ombre, ce "je" n'avait pourtant pas lieu d'être puisque jusque-là et par la suite, c'est Emma qui se raconte. J'ai trouvé cela très maladroit.
Enfin, lorsque "le machiavel" qui se cache derrière l'horrible machination est dévoilé, légitimement nous nous attendons à une explication digne de ce nom, malheureusement elle ne vient pas. Maud Mayeras m'a ainsi laissée sur ma faim avec des questions restées sans réponse. Et si le jeu de mot sur le titre n’est pas mal, l’auteure n’est pas allée jusqu'au bout de ce qu'il implique. Dommage.
En résumé, "Hématome" souffre d'un récit lent et trop étriqué même si Maud Mayeras dispose d'une force descriptive très efficace lorsqu'il s'agit de transcrire le sadisme et la cruauté. Le début du roman est accrocheur et le dénouement est stupéfiant, mais on peut regretter qu'il ne lève pas le voile sur tout. 



Écrire commentaire

Commentaires : 0

Mise en ligne le 31 octobre 2016.

MAJ le 1er novembre 2016.