shutter island de dennis lehane


 

Note : 4/5
Un thriller psychologique captivant et déroutant.

 

279 pages en version numérique.  

 

Extrait :
"- Il ne s'est rien passé d'inhabituel ?
- Veuillez préciser ce que vous entendez pas "inhabituel".
- Pardon ?
- Vous êtes dans un établissement psychiatrique, marshall. Pour malades criminels. Croyez-moi, ce ne sont pas les faits "habituels" qui jalonnent notre quotidien."

 

 


Intrigue du roman :

 

Eté 1954. Les Marshalls Teddy Daniels et Chuck Aule débarquent sur Shutter Island, un îlot au large de Boston où se dressent les bâtiments de Ashecliffe un hôpital psychiatrique pour assassins. Pendant quatre jours, Daniels et Aule vont tenter de découvrir ce qui est arrivé à Rachel Solando, une patiente dangereuse, qui s'est volatilisée en pleine nuit d'une cellule fermée de l'extérieur, avec pour seul indice une suite incompréhensible de chiffres et de lettres écrites sur un papier. Face à eux, un personnel et des patients peu enclins à leur faciliter la tâche. Quatre jours dans un univers glauque où la folie mêlée à la forte tempête qui s'annonce vont révéler à Teddy Daniels une terrible vérité... ou pas.


Critique :

 

Shutter Island est un thriller psychologique qui nous plonge progressivement dans un abîme oppressant et une atmosphère aux relents claustrophobiques.
Dennis Lehane prend un malin plaisir à semer le doute dans notre esprit grâce à la façon dont il a construit son récit mais aussi la manière dont il amène les éléments. Et si l'on ne s'attache pas vraiment au héros, Teddy Daniels, nous n'en sommes pas moins embarqués comme lui dans une histoire où l'angoisse se mêle à la confusion.
Daniels, est un personnage très intéressant que l'auteur dévoile peu à peu, un être qu'on sent dès le début torturé et alourdi par le poids du passé, mais au caractère pugnace et doué d'une certaine intelligence. Sa marche en avant vers une inexorable vérité envers et contre tous en devient admirable, presque hypnotique. Quant à Chuck Aule son coéquipier, il apporte au récit une décontraction et un humour rafraîchissants, une bouffée d'oxygène pour le lecteur et Teddy. Ce pince sans rire observateur et aux propos acérés est d'ailleurs le plus attirant des personnages.
L'absence d'attachement au héros n'est pas une remarque négative car j'aime à penser que c'est volontairement que l'auteur nous distancie de Teddy Daniels, pour nous mettre dans la peau d'un spectateur assistant impuissant à la descente aux enfers d'un homme. Nous n'avons qu'un pied sur Shutter Island, un peu comme le héros lui-même, néanmoins, nous marchons dans ses pas. Il est perturbé, nous aussi, il cherche à comprendre, nous aussi, il doute de tout le monde, nous aussi, il veut aller au bout de son enquête, nous aussi.
Je mettrai cependant un bémol sur l'écriture que j’ai trouvée plate. Elle manque de relief et de profondeur mais en même temps, ça l'fait.
Je pourrai même dire que curieusement ça l'fait, parce que si l'écriture est simple, l'histoire aussi en fin de compte. Si Lehane parvient à nous maintenir en tension c’est parce qu'il s'est concentré sur l'effet plus que sur les faits. Il n'est pas dans la flagrance du rebondissement, mais dans sa distillation, multipliant ainsi dans notre esprit les points d'interrogations. C’est tordu et ça fonctionne.
L'auteur nous perfuse en intraveineuse une poche de goutte à goutte d'un récit qui nous imprègne lentement. L'histoire s'insinue en nous presque sournoisement et lorsque le livre est refermé, que la perfusion est terminée, on est comme groggy et indubitablement sonné par la claque qu'on vient de se prendre. On ressort du roman déconcertés, alors même que parmi les nombreuses hypothèses qui nous sont passées par la tête, on a forcément envisagé tout ou partie de ce dénouement.
Au fil de ma lecture, j'ai navigué entre plusieurs impressions : un jeu de cluedo mais sans Colonel Moutarde ni chandelier et un hôpital en lieu et place du manoir, les Dix petits nègres d'Agatha Christie, avec cet îlot lugubre et la pesanteur d'un huis clos ou encore le film de David Fincher, The game avec Michael Douglas et Sean Penn sorti en 1997. Mais au final, Shutter Island c'est Shutter Island, un récit avec ses propres spécificités aussi puissant que le ressac des vagues sur une falaise en pleine tempête. Un roman captivant et déroutant.
Enfin, un mot sur l'adaptation réalisée par Martin Scorsese avec Léonardo Di Caprio en 2010. Pour ma part, elle ne vaut en aucun cas le roman. J'ai été extrêmement déçue et je ne le conseille pas.



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Mise en ligne le 24 octobre 2016.